Les femmes en Somalie

Cuerpo: 

La Somalie se prépare pour ses élections gouvernementales locales, qui doivent se tenir en juillet 2008. Nagaad, organisation faîtière de femmes, envisage de soutenir des candidatures féminines. Le plus grand obstacle à l’augmentation de la présence des femmes aux postes de leader en Somalie est l'appui des clans, rarement accordé aux femmes. Actuellement, l’on compte seulement 3 femmes pour 330 conseillers élus. Quelles stratégies l’organisation Nagaad peut-elle mettre en œuvre pour aider les femmes à obtenir l'appui du clan et son approbation lorsqu’elles briguent des postes de leader?

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Réponse au question sur les femmes en Somalie

Madame Munyinyi,

Merci d'avoir posé une question intéressante. Nous sommes heureux de vous proposer des ressources tirées de notre bibliothèque et d'autres réseaux en ligne ainsi que de vous prodiguer les conseils spécialisés de l'experte d'iKNOW politics, Mme Nkoyo Toyo.

Nous espérons que notre réponse vous sera utile. Nous vous adressons tous nos vœux pour votre travail de promotion des femmes en politique en Somalie.

Cordialement,

Le personnel d'iKNOW politics

Ressources suggérées:

Women Building Peace: Sharing Know-How. Assessing Impact: Planning for Miracles Éditeur : International Alert. 2005. http://www.iknowpolitics.org/fr/node/3208

Somalia Between Peace and War: Somali Women on the Eve of the 21st Century. Éditeur : UNIFEM. 1999. http://www.iknowpolitics.org/fr/node/21

Assessment of Potential Women Leaders in Somaliland. Auteur : Amina Mohamed Warsame. Éditeur : Institute for Practical Research and Training (IPRT). http://www.iprt.org/Amina%20Mohamed%20Warsame.htm

Somali Women. Éditeur : UNIFEM. http://www.unifem-easternafrica.org/somalia_inner.asp?cat=somalia&pcat=countryfocus&pcat1=&sid=

Impact Evaluation of the War-Torn Societies Project: Somaliland. Auteur : Mary Hope Schwoebel. Éditeur : Management Systems International (MSI). 2001. http://www.cidcm.umd.edu/ICT/research/ICT_and_Conflict/DEC%20Post%20Conflict%20Evaluations/somaliland%20WSP%20wroebel.pdf

Where are the women? Auteur : Sarah Austin. 2003.
http://www.thenation.com/docprint.mhtml?i=20011231&s=austin

Conseil de l’experte, Mme Nkoyo Toyo

Les clans ont des origines ancestrales communes liées ente elles par de complexes réseaux de relations sociales définissant le mode d’action de la communauté. Dans la société somalienne traditionnelle, le clan était une unité sociale et politique d'organisation et de gouvernement. La difficulté réside dans la question de savoir comment intégrer ces clans aux modèles occidentaux d'État et de démocratie, y compris de droits de l'homme. Dans certains États, les modèles occidentaux ne seront pas une approche idéale pour promouvoir la présence des femmes en politique. Ce fait peut s’expliquer en partie par la forte influence des Arabes musulmans vivant dans le pays. L'islam a été intégré dans la mentalité somalienne et dans tous les aspects de la vie en Somalie, rétrécissant ainsi l'espace dévolu à la participation des femmes en politique. En outre, la Somalie doit faire face à des problèmes de légitimité à l’échelle locale et internationale, dans la mesure où des citoyens se sont vu interdire pendant de nombreuses années le droit de parler publiquement de politique. La Somalie a également été confinée à l’intérieur d’un État-nation culturellement homogène, où les unités de clan servent de fondement à la mobilisation et à l'organisation politiques et sociales. Le conflit politique existant met en évidence le rôle de cinq éléments, en relation les uns avec les autres, qui restreignent la participation des femmes à la vie politique, à savoir:

1. L'identité permettant une participation est définie par le clan et les affiliations religieuses ;
2. la répartition du pouvoir dans le système politique existant ;
3. la gestion des ressources économiques ;
4. la légitimité et l’autorité du gouvernement sur le territoire national ;
5. les problèmes liés à la construction de l’État et à la gouvernance, c.-à-d. à l’ampleur de l'autorité du gouvernement sur le peuple.

Suggestions pour NAGAAD

Je voudrais adresser les suggestions suivantes à Nagaad pour son travail de promotion des femmes en politique en Somalie :

1. La religion peut être un facteur à la fois de progrès et de régression ; toutefois, les femmes dans des contextes islamiques ou chrétiennes fondamentalistes ont fait une interprétation progressiste de la religion (parfois avec l'aide des hommes pour leur défense) pour influer sur des comportements culturels. Une telle interprétation peut être utilisée pour militer en faveur du leadership politique des femmes.

2. Dans les États fonctionnels, la mise en œuvre des mesures d'action positive et des lois a favorisé la participation des femmes à la vie politique. La domestication de ces pratiques est souvent fonction des pressions résultant des engagements pris dans le cadre de réunions internationales. Toutefois, dans le cas de la Somalie, où cette pratique est moins viable, les femmes peuvent rechercher des moyens de négocier certaines de ces « conditionnalités » fondées sur le sexe en diverses formes d'assistance extérieure. Ainsi, de telles conditionnalités peuvent être intégrées dans des programmes d'aide à la démocratie et d’assistance humanitaire.

3. Un des moyens les moins progressistes consiste à promouvoir les femmes de la famille (épouses ou sœurs) de dirigeants influents de sexe masculin. Cette méthode peut être employée pour briser les barrières sexistes et pour permettre, à terme, à d’autres femmes de pénétrer dans les espaces publics.

4. Il est important de créer des liens et de nouer des rapports avec les groupes de femmes de la diaspora somalienne existant aux États-Unis et au Canada, qui peuvent se révéler un levier important pour les organisations de femmes en Somalie. Les Somaliennes appartenant à ces groupes de la diaspora sont généralement organisées en groupes culturels et/ou de clan et se réunissent régulièrement pour déterminer les mesures d'aide de l’étranger en faveur de la Somalie. Si, en Somalie, les femmes ont des contacts avec ces groupes de femmes, elles pourront utiliser leurs ressources pour militer en faveur d’une présence accrue des femmes en politique. Ainsi, des groupes nigériens à l'étranger sont généralement très influents et participent activement aux processus de prise de décision de la communauté.

5. Dans les villages, les femmes occupent certains postes de leader à la tête de manifestations de femmes ou comme organisatrices d’activités pour un village, un clan ou un groupe religieux. Dans une société traditionnelle, les femmes peuvent également assumer des fonctions de leader religieux qui, très souvent, les éloignent de la politique. Néanmoins, il serait très bénéfique d'exploiter les postes de leader occupés par des femmes pour prolonger leur influence dans le domaine politique. Ces femmes peuvent former des alliances avec d'autres femmes et avec des hommes au sein de la communauté pour faire pression sur leurs chefs de clan afin qu’ils intègrent les femmes dans les processus politiques formels.

6. Utilisation de l'autonomisation économique des femmes pour négocier leur influence politique et, à terme, l’obtention de fonctions au sein de la politique du clan. Il existe de nombreux groupements et associations traditionnels de femmes engagés dans des programmes d’autonomisation économique. Dès lors que les femmes peuvent surmonter le premier obstacle qui consiste à quitter leur foyer, elles peuvent commencer à s’organiser en d'autres groupes. Paradoxalement, les femmes peuvent avoir du mal à agir séparément, mais elles sont mieux disposées à agir en groupe.

7. Il s’est révélé utile de mettre en lumière les cas de rôles d’exception joués par des femmes dans des sociétés et d'utiliser leur exemple pour promouvoir l’ascension des femmes en politique.

8. Mettre l’accent sur le lien existant entre l'instruction, les capacités des femmes et leur leadership – il devrait s’agit là d’un leitmotiv revenant régulièrement dans la plupart des débats. Il est difficile pour des clans et des groupes dirigés par les hommes d’empêcher des femmes qualifiées et instruites d’occuper des postes de leader. Enfin, une fois que quelques de femmes seront entrées en politique, les portes s’ouvriront pour les autres. Par conséquent, il importe de promouvoir l'éducation des femmes et des filles et d'élever leur niveau d'instruction dans tout le pays. Une femme instruite et compétente a moins de mal à négocier l’obtention d’un poste de leader.

Il est très important de travailler conjointement sur toutes les idées susmentionnées.

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Au sujet de Nkoyo Toyo:
Nkoyo Toyo est juriste, spécialisée dans les questions de gouvernance et féministe militante, et a fondé le Gender and Development Action (GADA) en 1994. Le GADA est une ONG nationale qui milite pour la justice sociale envisagée sous l’angle de l’égalité entre hommes et femmes. Elle est consultante indépendante sur les questions de parité et de gouvernance et travaille essentiellement au Nigéria, mais a eu des expériences professionnelles ailleurs en Afrique. Mme Toyo a présidé le Forum des peuples du Commonwealth qui a eu lieu à Abuja (Nigéria) en 2003 et a siégé au Conseil de la Fondation du Commonwealth. Elle est membre de divers organes internationaux, notamment du Groupe consultatif Participation et développement de l’Institute of Development Studies de l’Université du Sussex au Royaume-Uni et du Forum international de Montréal (FIM) au Canada.