Primaires : pourquoi si peu de femmes ?

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Primaires : pourquoi si peu de femmes ?

Par Sophie Vandermolen

Finalement, il y aura une femme. Une seule. Après le désistement de Marie-Noëlle Lienemann, la primaire de la gauche risquait de rester un combat entre hommes. Finalement, Sylvia Pinel, membre du parti radical de gauche,  a décidé de rejoindre cette primaire, à la veille des dépôts de candidatures de candidat qui a lieu ce jeudi.

Une candidature de dernière minute, extérieure au Parti socialiste, qui vient apporter une touche féminine à cette primaire qui compte pour le moment sept candidats. Un dispositif qui rappelle celui de la droite, avec Nathalie Kosciusko-Morizet, seule femme face à six hommes. Cette dernière avait de plus dû recevoir l’aide des autres candidats pour obtenir ses parrainages.

Comment expliquer cette quasi-absence de femmes dans ces primaires ? En 2011 pourtant, deux grandes figures féminines du PS s’étaient présentées à la primaire : Ségolène Royal et Martine Aubry. Cette dernière avait même réalisé un bon score, se qualifiant pour le second tour.

« Autocensure chez les femmes »

 Invitée de Territoires d’Infos sur Public Sénat et Sud Radio, Juliette Méadel, secrétaire d’Etat chargée de l’Aide aux victimes, l’explique par un phénomène d’ « autocensure » que les femmes s’infligeraient « dans les moments difficiles ».

« Je crois qu’on est dans un moment de crise où les femmes s’autocensurent davantage » a-t-elle affirmé. (…) C’est ce qu’on retrouve aussi dans tous les environnements professionnels et politiques, cette espèce de timidité qu’ont beaucoup de femmes, qui est le résultat de dizaines d’années de position de la femme qui n’est pas toujours l’égale de l’homme dans les faits ».

« Je regrette qu’il n’y ait qu’une femme, mais en même temps, personne n’a empêché les femmes de se présenter » a-t-elle ajouté.

« Modestie » des femmes

Une autocensure de la part des femmes ? Un avis partagé par la sénatrice Les Républicains Dominique Estrosi-Sassone, qui évoque « une part d’hésitation » chez les femmes. « Je pense que les femmes hésitent peut être à se lancer dans des combats importants comme ceux de la primaire car elles considèrent que cela va être plus difficile que des combats que nous avons l’habitude de mener ».

Pour la sénatrice écologiste Corinne Bouchoux, cette autocensure s’explique par l’entrée tardive des femmes dans la vie politique, et par leur « modestie ». « Regardez chez les socialistes, c’est Marie-Noëlle Lienemann qui la première a constaté qu’elle avait échoué à créer une union, et qui s’est désistée. C’est très lucide et très humble, mais cela ne sert évidemment pas la cause des femmes ».

Des partis tenus par les hommes

Une explication insuffisante pour Anne Emery-Dumas. Pour la sénatrice socialiste, le problème relève davantage des partis que des femmes elles-mêmes. « Je pense que cela relève d’un vrai problème de fond dans l’organisation de nos partis politiques, qui ne promeut pas les femmes. Il y a énormément de femmes qui auraient pu prétendre à être présente dans ces primaires et qui ne l’ont pas été », citant Christiane Taubira et Ségolène Royal.

Même constat pour Nathalie Goulet, sénatrice UDI, qui refuse de voir dans cette absence de femmes dans les primaires une simple remise en cause personnelle. « Moi je connais plutôt des femmes combattantes que des femmes qui se désistent » affirme-t-elle. « Mais le combat est plus dur pour une femme dans la vie politique, c’est évident. Et en ce moment dans un parti socialiste dans tous ses éclats, il n’y a que des coups à prendre. Donc c’est intelligent de se mettre en retrait pour se préparer à une prochaine fois ».

Avant de rejoindre la primaire, Sylvia Pinel était créditée de 0% dans les intentions de vote. L’absence de grandes figures féminines issues du Parti socialiste à cette primaire n’envoie pas un bon message à des électeurs de plus en plus sensibles à l’égalité hommes-femmes.

Pour #JamaisSansElles, « une prise de conscience est en train de naître chez les politiques »

L’association #JamaisSansElles est un mouvement qui promeut la mixité dans les colloques, conférences et autres réunions publiques. Plus de 120 personnalités ont adhéré à ce mouvement, dont Emmanuel Macron, Nathalie Kosciusko-Morizet et la Secrétaire d’Etat chargée du numérique Axelle Lemaire, membres du conseil féminin.

 Pour la porte-parole de l’association Natacha Quester-Séméon, cette quasi-absence de femmes dans les différentes primaires s’explique par un manque de renouvellement politique. « Les femmes, encore minoritaires en politique, reçoivent d’énormes pressions dans ce monde masculin. Ces derniers ne veulent pas céder leur place à une femme. Alors il faut être combative, presque guerrière ».

Mais l’association constate une prise de conscience positive de la part des partis politiques. « Il y a une pression de plus en plus forte de la part de la société civile pour une présence plus importante des femmes dans le monde politique. Regardez ce qu’il s’est passé pour Nathalie Kosciusko-Morizet lors de la primaire de la droite et du centre : les autres candidats sont intervenus pour qu’elle obtienne les parrainages nécessaires ».

#JamaisSansElles insiste, l’égalité homme/ femme est l’affaire de tous. « Il ne faut pas s’enfermer dans cette forme de déterminisme. Nous devons tous nous battre, l’égalité homme-femme est l’affaire de chacun ».

Cliquez ici pour regarder les réactions de femmes en politiaaue sur ce sujet. 

Source: Public Sénat

 

 

 

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