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Entretien avec Winnie Byanyima, Directeur de l’Unité Genre du PNUD/ Bureau de développement des Politiques
Winnie Byanyima, Directeur de l’Unité Genre du PNUD, Bureau de Développement des Politiques, a été élue trois fois au Parlement ougandais et a été la fondatrice du comité des femmes au sein de l’Assemblée. Avant de rejoindre le PNUD, Mlle Byanyima a dirigé la direction Femmes, Genre et Développement de la Commission de l’Union Africaine. Elle a été l’un des membres fondateurs et première présidente de l’ONG Forum pour les Femmes en Démocratie (FOWODE). Mlle Byanyima a exercé de nombreuses fonctions dans des panels d’évaluation et en tant que consultante pour le PNUD, UNIFEM et d’autres agences des Nations Unies. Elle est membre du comité de direction de la fondation africaine de renforcement des capacités et du centre international de recherche sur les femmes. Elle a été dernièrement membre du groupe d’action pour les objectifs du millénaire dans le domaine de l’éduction et l’égalité des genres. Mlle Byanyima a publié de nombreux ouvrages sur les questions de genre et gouvernance, y compris un manuel en collaboration avec l’Union Interparlementaire (IPU) intitulé « Parlements, le processus budgétaire et les questions de genre » et « Marée montante » une biographie sur les femmes engagées en politique et activistes en Ouganda. Mlle Byanyima est diplômée de l’université de Manchester (Master en ingénierie mécanique et aéronautique).
VA: Mlle Byanyima, pouvez-vous décrire votre parcours à nos lecteurs ? Quelle était votre expérience avant de devenir membre du parlement pour la municipalité de Mbarara (Ouest Ouganda) ? Quelles furent vos motivations pour débuter une carrière en politique ?
Winnie Byanyima: Je me suis engagée en politique longtemps avant de me présenter aux élections parlementaires en Ouganda. Ma famille a un long passé dans la vie politique ougandaise et je me suis engagée dans ce chemin pendant presque toute ma vie. J’ai quitté l’Ouganda pendant la dictature d’Idi Amin car je ne pouvais pas accepter la situation dans mon pays. Je suis devenue une réfugiée et je me suis engagée dans des organisations politiques d’étudiants durant mon exil. J’ai toujours eu une passion pour la justice. C’est ce qui m’a mené à l’exil et à l’activisme en faveur des droits de la femme et des droits de l’homme et c’est ce qui guide encore aujourd’hui mon travail. Une fois diplômée, j’ai pensé commencé un doctorat en fluides mécaniques mais vu la situation dans mon pays et la guerre civile, j’ai décidé de rentrer en Ouganda rejoindre la lutte contre la dictature. J’ai trouvé un emploi dans une compagnie aérienne pendant que je travaillais clandestinement pour la résistance. Evidemment, ma famille et mes amis souhaitaient me savoir en sécurité et s’inquiétaient beaucoup pour moi cependant ma famille savait qu’elle ne pouvait pas m’en empêcher et m’aidait comme elle le pouvait.
VA: Quelles furent les défis auxquels vous avez du faire face durant votre exil ?
WB: Le plus grand défi pour moi était de ne pas avoir suffisamment de ressources financières. Bien que bénéficiant d’une bourse, je devais la partager avec ma sœur afin que nous puissions toutes les deux continuer nos études universitaires. De plus, j’avais peur que la dictature d’Idi Amin dure longtemps avant d’être renversée. L’idée que mes parents puissent mourir avant mon retour au pays me hantait. Sinon, c’était une vie normale et excitante. J’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup d’africains intéressants qui luttaient également pour l’indépendance et la liberté de leurs pays. En tant que jeunes étudiants activistes africains, nous nous sommes engagés contre le régime d’apartheid, la lutte pour l’indépendance de la Namibie et du Zimbabwe et nous nous sommes engagés avec des étudiants britanniques et ou d’autres régions dans beaucoup d’autres problématiques à l’époque. Malgré le fait d’être loin de ma famille et de mes amis, je ne me suis jamais apitoyée sur mon sort. Je savais que j’avais de la chance d’être en vie et d’être engagée dans un travail si crucial.
VA: Pouvez-vous nous en dire plus sur la transition entre votre période en exil et le retour en Ouganda ? Combien de temps a duré votre exil ?
WB: Je n’ai pas eu de problème à rentrer en Ouganda ou à trouver du travail. J’avais travaillé avec d’autres opposants à la dictature et à notre retour en 1986 après la guerre civile, j’appartenais à une organisation « Le Mouvement de Résistance Nationale ». Après avoir travaillé cinq ans comme déléguée permanente de l’Ouganda auprès de l’UNESCO, je suis rentrée en Ouganda pour me présenter aux élections parlementaires. Malgré le fait d’avoir déjà rencontré des femmes vivants dans les zones de guerre et luttant contre la pauvreté, les élections m’ont confrontée à la réalité des femmes vivant dans la pauvreté dans mon pays. Je n’étais pas une débutante typique dans le domaine politique comparée à d’autres candidates. J’avais les capacités politiques vu mon long engagement par le passé. Bien que les hommes qui s’étaient présentés contre moi étaient plus âgés, j’avais plus d’expérience qu’eux. Ma décision de me présenter aux élections causa des réactions de protestation car cela fut perçu comme si je tentais de prendre la place d’un homme. Cette réaction hostile fut alimentée par ma décision de ne pas user de l’avantage crée par la Constitution intérim qui garantissait un minimum de 14% de sièges réservés pour les femmes au Parlement. Bien que les femmes pouvaient se présenter pour les sièges clef, il était attendu que les femmes s’opposent l’une à l’autre pour les sièges réservés. Cependant, je souhaitais augmenter le nombre de siège que les femmes pourraient détenir à l’Assemblée et par conséquent, je décidai de me présenter à un siège clef. Je savais que j’avais les compétences, l’expérience et les alliés politique pour récolter suffisamment de fonds durant ma campagne et gagner par rapport à n’importe quel candidat homme.
VA: Pourquoi avez-vous quitté l’Ouganda au milieu de votre troisième terme en tant que parlementaire ?
WB: J’ai quitté l’Ouganda parce que l’espace politique rétrécissait. J’étais confrontée à des difficultés grandissantes pour maintenir mon indépendance à exprimer les problèmes de mes constituants. Au parlement, j’avais mené une campagne très dure et longue contre la corruption et les abus de pouvoir aux niveaux national et local. Au niveau local, je me suis retrouvée impliquée dans des batailles légales et politiques avec les gouverneurs locaux qui avaient abusé de leur position pour enlever leurs terres à des veuves et orphelins ou qui avaient détourné des fonds publics. J’ai exprimé mon désaccord face à l’invasion ougandaise de la République Démocratique du Congo et le pillage de ses ressources et contre les violations des droits de l’homme commises par nos troupes dans ce pays. Petit à petit, j’ai perdu espoir dans l’engagement du Mouvement de Résistance Nationale pour les pauvres. Mes critiques ne furent pas tolérées et à partir de 2001, je me suis retrouvée de plusieurs en prison. Le gouvernement a invoqué de nombreuses charges contre moi et je me suis retrouvée empêtrée dans de nombreux procès. Je ne pouvais plus être efficace en tant que parlementaire, cela rajouté au traumatisme causé à mon jeune enfant par mon emprisonnement. Par conséquent, j’ai décidé de me retirer de la politique pour une certaine période afin de l’élever. A ce moment, une opportunité s’est présentée auprès de l’Union Africaine et j’ai accepté le poste de Directeur pour le Développement et le Genre auprès de la Commission de l’Union africaine afin de continuer mon engagement pour les droits des femmes à une plus grande échelle au niveau africain. Cela me permit également de transcender les clivages politiques qui avaient restreint mon activisme en Ouganda.
Mon expérience auprès de la Commission de l’Union africaine m’a appris l’importance de garder un œil critique tout en travaillant de manière transversale. L’Union Africaine ressemblait à de nombreuses autres organisations africaines : très centralisée, bureaucratique, faiblement institutionnalisée et orientée vers les hommes. La Commission avait une culture chauviniste et masculine qui autorisait des comportements qui me paraissaient intolérables. Je me suis très vite sentie happée par la bureaucratie. Même s’il avait été facile d’accepter une situation de statut quo, j’ai décidé d’établir des réseaux internes et externes me permettant de naviguer à travers la bureaucratie. Je me suis rapprochée d’organisations de femmes et de réseaux établis en Afrique et à travers le monde. Très rapidement, nous fûmes capables d’entreprendre des projets intéressants tous ensemble.
VA: Pouvez-vous nous parler des techniques et outils de campagne que vous utilisés afin de remporter les élections ?
WB: Durant ma campagne électorale, j’ai utilisé des outils non traditionnels qui ont remis en cause et mis en évidence l’ancienne culture politique et les normes de mon pays. Je me suis rapprochée des pauvres dans leurs communautés et maisons en faisant du porte à porte. Alors que d’autres politiciens ignoraient ceux qui vivaient dans les zones les plus défavorisées, j’ai visité les femmes dans leurs cuisines et je les ai écoutées partout. Mes techniques ont été vivement critiquées par les autres politiciens qui y voyaient un avantage en ma faveur et les opposants m’ont demandé d’arrêter mes visites dans les foyers. L’espace politique était dominé par des hommes de classe moyenne qui pensaient que le leadership était leur droit inné. Les populations défavorisées rencontraient les politiciens dans des espaces déterminés durant les rallies et ensuite retournaient à leur habitations défavorisées. De mon côté, j’ai poursuivi ma stratégie de rapprochement avec la population et j’ai continué à visiter les femmes occupées à leurs corvées quotidiennes dans leurs petites cuisines et jardins tout en leur parlant et écoutant leur lutte. Cela a intéressé les femmes et leur a fait réaliser qu’elles avaient un certain pouvoir à travers le vote.
VA: Votre leadership politique et activisme en tant que femme ont-ils eu un impact sur votre style de leadership et vos prises de décisions ?
WB: Mon style de leadership est différent car je suis une féministe. Je délibère dans mes décisions et en politique. Je cherche à renverser la patriarchie et à introduire une version alternative du pouvoir. En tant que politicienne, je respect mes constituants. D’un point de vue féministe, j’accorde sa juste valeur au travail et à la contribution des femmes pauvres. J’ai utilisé des méthodes de campagne qui ont ôté aux hommes leur pouvoir traditionnel et montré aux électeurs que j’étais capable de gagner. J’ai travaillé pour montrer que le pouvoir appartenait au peuple. J’ai mis en évidence les problèmes des femmes dans la campagne et par la suite lorsque j’ai été élue au parlement. Lorsque je sentais que les hommes prenaient peur par rapport à mes messages politiques, j’insistais sur le fait que les droits des femmes étaient bénéfiques pour les familles et les communautés entières en utilisant des exemples locaux. Je me suis rapprochée des gens pour les assurer que j’avais du pouvoir et que j’étais capable de gagner et de faire une différence afin d’améliorer la vie des femmes, des hommes et des enfants. Je n’ai pas fait de compromis sur les droits des femmes.
VA: Quel a été la clef de votre succès en politique ?
WB: Je ne me considère pas comme victorieuse, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Je rêve encore de réaliser beaucoup d’objectifs pour mon pays, pour l’Afrique, pour ses pauvres et pour les femmes qui s’y battent. En Ouganda, des millions de femmes et de filles, hommes et garçons sont toujours enfermés dans des camps ; ils sont victimes d’une guerre stupide qui dure depuis plus de vingt ans et qui aurait pu être évitée. Les femmes marchent encore des kilomètres pour puiser de l’eau et trouver du bois pour faire du feu. Elles meurent durant les accouchements, de la malaria, du sida et d’autres maladies qui pourraient être évitées. Les maigres ressources de l’aide au développement sont détournées par des leaders avides. Il y a encore beaucoup à faire pour mettre fin aux guerres, lutter contre la pauvreté, augmenter la gouvernance et libérer le potentiel des femmes et hommes africains pour qu’ils profitent pleinement de la vie. J’ai pu rester concentrée sur les problèmes de justice pour les pauvres et les sans voix, c’est sans doute cela que je considère comme un succès. Je ne me suis jamais lassée ou détournée des causes auxquelles j’ai cru toute ma vie.
VA: Votre base populaire était-elle principalement composée de femmes ?
WB: Je me suis présentée à trois élections en Ouganda. Lors des premières élections, j’ai obtenu environ 80 % des votes des femmes. Cela fut une vraie surprise car je n’étais pas la candidate typique. J’étais une femme célibataire, cohabitant à l’époque avec un homme. Mais malgré cela, j’ai obtenu un soutien important de la part des femmes. Lors des deuxièmes élections, ce soutien des femmes s’est prolongé. Malheureusement, durant les troisièmes élections, j’ai perdu beaucoup de soutien de la part des femmes tout en obtenant plus de soutien de la part des jeunes et des hommes.
Cette perte a été la conséquence d’une décision prise par certains d’entre nous de nous distancer du Président car il s’était détourné de notre agenda de base et il nous a semblé qu’il était plus absorbé par une envie de consolider son pouvoir personnel. Le Président a pris notre décision de manière très personnelle et a basé sa campagne directement contre moi afin que je ne sois pas réélue. Il a choisi lui-même le candidat se présentant contre moi et a envoyé des soldats pour interférer avec ma campagne dans ma ville natale. Ces élections furent très violentes et corrompues avec une utilisation des ressources de l’Etat dirigées contre moi. Malheureusement pour moi, le Président s’est approprié les résultats en faveur des femmes obtenus grâce au Mouvement de Résistance Nationale. Les Ougandais ne furent pas capable de discerner le leader de l’organisation. La majorité des ougandais ne fait pas la distinction entre les différents rôles et pouvoirs de l’Etat. Ils attribuent toutes les fonctions de l’Etat au Président. Durant sa campagne, ce dernier s’est présenté comme le moteur de tous ces changements positifs. Cela fut difficile pour nous de démontrer qu’il n’avait eu qu’un rôle passif derrière tout cela. Par conséquent, j’ai perdu le vote des femmes car elles ne comprirent pas pourquoi je m’opposais au Président qu’elles croyaient de leur côté. J’ai essayé vainement d’expliquer cela mais les femmes ne comprirent pas qu’un agenda en faveur des droits de la femme ne pourrait être poursuivi dans un espace politique clos et que nos acquis étaient en danger car le processus démocratique était en perte de route.
Quelques années plus tard, les gens comprirent ce qui s’est réellement passé et combien le pays s’était éloigné du chemin démocratique. Par exemple, la limite à deux mandats présidentiels fut retirée de la Constitution afin de permettre au Président de se présenter pour un troisième mandat.
VA: Quels conseils pouvez-vous donner aux femmes candidates et aux leaders femmes qui tentent de réussir une carrière politique ?
WB: La politique n’est pas juste une carrière, c’est un véritable engagement. Un politicien doit avoir une cause et y croire fermement. Il faut avoir une cause et travailler sans cesse pour la réaliser. Si une femme leader est passionnée par l’égalité et les droits des femmes, comme je le suis (pas toutes les femmes n’y croient et il faut l’accepter), elle doit se battre pour cette cause avec un agenda comprenant également la justice afin de créer des alliances. Les femmes candidates sont confrontées à des problèmes relatifs à la collecte de fonds. Récolter des fonds est difficile pour la majorité des candidats mais encore plus pour les femmes. Je conseillerais aux femmes d’articuler leur agenda de manière très claire et cohérente car cela aide à récolter des fonds. Une candidate obtient du soutien financier pour les causes qu’elle défend et pour le potentiel qu’elle a à les prendre en compte durant le processus politique. Il est aussi important d’avoir une manière organisée de récolter de l’argent et de s’éloigner de la gestion directe des fonds. Par exemple, j’ai toujours eu une personne responsable de gérer les fonds et donations récoltés durant mes campagnes. De cette manière, les gens savaient que je n’utilisais pas l’argent pour mes propres intérêts.
Il est tout aussi important pour les femmes d’être très actives dans la lutte contre la corruption et dans lutte contre la fraude électorale. Les femmes devraient être sur le devant de la scène pour demander les réformes des lois électorales afin de restreindre l’utilisation de l’argent durant les campagnes électorales car les femmes, plus que les hommes, sont confrontées à ce genre de problème. Les finances des campagnes sont par ailleurs un obstacle important pour les jeunes également.
VA: Vous venez de mentionner que vous avez toujours été une activiste et avez remis en question les cadres institutionnels des organisations pour lesquelles vous travaillez. Quelles sont les implications d’une telle approche pour votre travail au PNUD ?
WB: On me demande souvent mon opinion sur le fait de travailler pour une bureaucratie telle que les Nations Unies. A cet égard, je rappelle toujours d’où je viens. Le PNUD est une organisation hautement décentralisée et une fois les décisions importantes prises telles que les budgets ou les actions stratégiques, les bureaux des pays ou les différentes unités comme la mienne ont le pouvoir de prendre la plupart des décisions et de faire avancer leur programme. Au PNUD, j’ai l’espace pour innover ce qui est crucial dans mon travail.
Le PNUD est une grande famille de personnes de même disposition qui croient au concept de développement humain. Cependant, tout le monde au PNUD ne comprend pas les différences qui existent entre les hommes et les femmes. Il est de mon devoir de les aider à comprendre cela. Qu’il s’agisse de réforme de l’administration publique, de réforme macro-économique ou de problèmes environnementaux, la situation des hommes et des femmes doit être prise en considération. On ne peut pas les considérer sous le même angle car les hommes et les femmes ont des rôles distincts dans la société et l’économie, ils ont des niveaux de contrôle différent, un accès aux ressources qui varie, des besoins et intérêts différents. Les mêmes politiques peuvent avoir des impacts différents sur les femmes, les hommes, les filles et les garçons. Parfois, il y a beaucoup de résistance à comprendre cela car les personnes au PNUD sont des professionnels et ont été formés dans leur discipline spécifique et ont internalisé leurs approches et perfectionné leurs qualités professionnelles. Leur demander de réfléchir aux implications de genre dans leur travail peut paraître comme une remise en question de leur formation et de leurs capacités. Ceci peut sembler menaçant et par conséquent, j’essaie de trouver un moyen pour briser ces barrières professionnelles et les aider à voir comment les hommes et les femmes peuvent bénéficier de manière égale de leur travail. Nous avons beaucoup de travail à faire en ce sens que le PNUD est une institution qui doit être transformée par le biais d’une perspective féministe.
VA: Comment formez-vous des coalitions dans votre travail au PNUD ?
WB: J’utilise les mêmes stratégies que celles que j’utilisais à l’Union Africaine. Je contacte les réseaux de femmes que j’ai rencontré au fil des années et essaie de collaborer au maximum avec ces dernières. J’essaie également de voir comment pouvoir modifier un jour les règles et procédures. Il me semble que beaucoup de règles du PNUD ont été mises en place lorsque l’organisation traitait principalement avec les gouvernements. Maintenant que l’institution s’est ouverte à la société civile et au secteur privé, les règles doivent être modifiées afin de permettre plus de flexibilité afin de mieux collaborer avec les acteurs non étatiques.
VA : Quelles stratégies avez-vous utilisées afin de guider la nouvelle génération de leaders femmes ?
WB: Je pense que le partage de connaissance et de capacités est très important. Avec neuf collègues, j’ai établi le Forum pour les Femmes en Démocratie en 1994. A travers ce forum, nous avons créé un projet qui soutient les femmes candidates et leaders. Mais nous n’avons pas suivi le chemin traditionnel. Nous ne voulions pas importer des idées ou succès occidentaux à une culturel politique très différente. Nous croyions fermement en une transformation féministe de la manière dont la politique ougandaise fonctionnait. Ceci a eu pour conséquence l’introduction d’approches critiques des femmes candidates tout en prenant compte directement de notre culture politique.
Pour une partie des activités, nous avons invité des leaders femmes ougandaises expérimentées qui s’étaient déjà présentées aux élections plusieurs fois et avons partagé nos réflexions au sujet de la transformation. Nous leur avons demandé de guider les femmes candidates. Nous avons également aidé les femmes candidates à se concentrer sur les raisons qui les poussaient à se présenter aux élections et à définir les objectifs qu’elles souhaitaient atteindre. Nous leur avons fourni des conseils à la demande. De cette manière, nous avons répondu aux besoins spécifiques de ces femmes. Nos mentors ont été formés au conseil et leur conscience féministe a été accrue. Les femmes qui se sont adressées à nous ont reçu du soutien dans des domaines variés tels que l’établissement d’un agenda, le développement d’une campagne, les stratégies financières etc…
Une autre initiative intéressante fut le projet d’apprentissage intergénérationnel qui a rassemblé des femmes activistes et politiciennes de quatre générations (de 1940 à 1990) pour partager leurs expériences et contraintes. De cette manière, les jeunes et les plus âgées ont pu apprendre l’une de l’autre et documenter la manière dont laquelle l’histoire de notre pays s’est écrite depuis la colonisation. Ces discussions ont conduit à la rédaction d’un livre et d’un documentaire, la création d’une exposition photo et d’une pièce de théâtre qui mit en évidence les contributions des femmes activistes dans le domaine public sur une période de 50 ans. La pièce de théâtre montrait également comment le mouvement des femmes en Ouganda a adopté et développé des problématiques différentes selon l’époque et comment le mouvement a survécu à travers la répression politique et les guerres civiles. La pièce mettait également en évidence comment les femmes plus âgées passaient le relais aux plus jeunes. A travers cette expérience, de jeunes femmes apprirent que l’histoire de l’Ouganda n’avait pas été faite uniquement par les hommes mais aussi par le rôle important des femmes dans ce processus. Aujourd’hui, il existe une université d’été où les jeunes filles viennent en camp de vacances pour apprendre des formes de leadership alternatives et transformatives.
VA : iKNOW Politics est une plateforme globale visant à soutenir les femmes dans la vie politique. Comment pensez-vous que nous pouvons rendre cette plateforme attractive pour les femmes à travers le monde ?
WB : Je dois dire que j’ai été positivement surprise par le nombre de femmes et d’hommes se connectant au site à travers le monde. Alors que je m’attendais à voir les femmes utiliser internet pour développer des opportunités de travail, je me suis toujours demandée si les femmes l’utiliseraient comme un outil pour se connecter l’une à l’autre au sujet de la politique. Par contre, il est important de reconnaître que la technologie amène également sa propre culture et que l’accès aux technologies varie fortement d’un pays à l’autre. Il est important de respecter les cultures des pauvres et d’éviter la domination culturelle.
VA : Si une femme candidate se présente à la présidence en Ouganda, quelles seraient ses chances selon vous et quels obstacles devrait-elle surmonter ?
WB : Il est possible pour une femme de remporter des élections libres et démocratiques. Je pense que je pourrais remporter une élection présidentielle si je me présentais en Ouganda. Le problème est que les élections ne sont pas libres dans ce pays où elles sont monétarisées et militarisées. Il est cependant possible de surmonter cet obstacle financier. L’usage partisan des militaires par le Président actuel durant les élections pose un autre problème sérieux à tout autre candidat ; qu’il soit homme ou femme. A cet égard, je suis membre fondateur d’un parti qui tente de démilitariser la politique en Ouganda et de ramener le pays sur le chemin démocratique.
VA : Nous vous remercions d’avoir partagé avec nous vos histoires et opinions personnelles à propos de votre carrière politique et votre quête de justice sociale. Nous savons d’or et déjà que cette interview inspirera et sera utile à de nombreux membres de iKNOW Politics à travers le monde.
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Dans le monde moderne, les réseaux en ligne sont une source importante de capital social. Les femmes bénéficient beaucoup du fait d’appartenir à des réseaux sociaux de jeunes mères, de femmes d’affaires, etc. 