Résumé de la discussion en ligne sur le financement des campagnes de politiciennes

Message de lancement:

Un des obstacles à la participation politique des femmes les plus couramment cités est qu’elles manquent de fonds suffisants et de contributions en nature pour faire campagne de manière compétitive.

Les femmes, qui sont souvent sous-représentées dans les entreprises et le commerce, n’ont généralement pas accès aux réseaux du monde des affaires que les hommes utilisent pour collecter des fonds. Dans certains pays, les femmes ne jouissent toujours pas du droit élémentaire de posséder des biens, perçoivent des revenus disproportionnément bas et ont moins d’indépendance financière que les hommes. Les femmes sont souvent tenues à l’écart des structures existantes des partis, de leurs professionnels de la collecte de fonds et de leurs réseaux politiques. De surcroît, le rôle attribué aux femmes par la société les rend parfois peu disposées à réclamer de l’argent, et souvent elles ne disposent pas des compétences et de l’expérience élémentaires en matière de collecte de fonds. Dans de nombreux pays, des initiatives ont été prises pour faire face à cette inégalité, notamment des formations visant à développer les compétences, des campagnes de collecte de fonds ciblées à l’appui des candidates et des réformes des lois sur le financement politique. D’autre part, les femmes trouvent de plus en plus de manières innovantes de faire de la collecte de fonds.

Cette discussion en ligne a pour objet d’étudier le financement des campagnes de politiciennes au niveau mondial, et de créer une base de connaissances pour de futurs plans d’action et recommandations. Par cette discussion en ligne, les politiciennes et leurs partisans peuvent se faire part de leurs stratégies, de leurs expériences et d’exemples sur les moyens de vaincre les obstacles liés au financement de leurs campagnes, et tirer parti de iKNOW Politics, principal réseau destiné aux politiciennes. La discussion s’articulera autour des questions générales suivantes, que les participants pourront approfondir:

1. Stratégies de collecte de fonds à l’intention des candidates: Pouvez-vous citer des stratégies de collecte de fonds utilisées par les femmes qui ont fait leurs preuves? Qu’est-ce qui rend certaines femmes très efficaces dans la collecte de fonds? Quelles techniques de collecte de fonds fonctionnent mieux dans différents environnements politiques (contributions d’entreprises, appel direct aux individus, manifestations de collecte de fonds, etc.)? Sur quels types de réseaux les femmes peuvent-elles s’appuyer pour collecter des fonds?

2. Lois relatives au financement des campagnes favorisant la participation politique des femmes: quels sont les exemples de lois relatives au financement des campagnes qui ont réduit les obstacles financiers empêchant les femmes de se présenter à un poste officiel (lois relatives aux campagnes publiques, déductibilité fiscale, services de garde d’enfants, réglementation en matière d’accès aux médias, etc.)? Quelles ont été les conséquences du fait d’imposer des limites aux dépenses électorales, d’imposer un financement public des partis politiques ou d’imposer des limites au montant des dons et aux sources de financement? Quels mécanismes existent pour appliquer les dispositions des lois relatives au financement des campagnes? Pouvez-vous citer des exemples dans lesquels les lois relatives au financement des campagnes ont pénalisé la participation politique des femmes? Comment les lois relatives au financement des campagnes réglementent-elles les pratiques d’achat des voix et leurs effets négatifs?

3. Rôle des partis politiques: que peuvent faire les partis politiques pour éliminer les obstacles financiers qui se posent aux politiciennes? Quelles réformes du financement des partis politiques sont le plus bénéfiques pour les femmes? Où et quand les partis politiques ont-ils appliqué les quotas de genre dans le but d’obtenir des fonds publics? Quels sont les exemples de stratégies efficaces utilisées par les sections de femmes des partis pour permettre aux candidates d’accéder au financement?

4. Indépendance financière et accès des femmes aux postes officiels: quelles sont les principales stratégies utilisées par les candidates pour collecter des fonds pour leurs campagnes politiques? Les femmes ont-elles un accès égal aux moyens financiers pour collecter des fonds destinés à leurs campagnes politiques? Quelle est la corrélation entre la dépendance financière des femmes vis-à-vis des hommes, et leur accès aux postes officiels? Comment les différents contextes culturels influencent-ils l’accès des femmes au financement en politique? Dans quelle mesure le soutien dont bénéficie une femme de la part de sa famille influence-t-il sa capacité à accéder au financement lui permettant de se présenter à un poste officiel? Quels changements structurels doivent être apportés à différents niveaux (politique, social, culturel) pour éviter que les inégalités financières représentent un obstacle aux femmes qui se présentent?

5. Participation des femmes aux administrations locales et aux élections locales: quelles stratégies différentes ont été utilisées par les femmes pour collecter des fonds pour les élections locales? Les candidates qui se présentent aux élections locales rencontrent-elles davantage d’obstacles financiers que celles qui se présentent aux élections nationales? Quelles sont les principales sources de financement des femmes qui se présentent aux élections locales? Quels sont les exemples de lois relatives au financement des campagnes adoptées par les administrations locales pour stimuler la participation politique des femmes?

Participation

Pendant les sept jours qu’a duré la discussion en ligne, iKNOW Politics a reçu 38 commentaires de ses membres et de ses experts du monde entier (18 en anglais, 18 en espagnol et 2 en français). Les personnes qui y ont contribué sont originaires de plus de 16/15 ?? pays: Argentine, Bolivie, Canada, Colombie, Egypte, Equateur, Etats-Unis, Kenya, Kirghizistan, Maroc, Panama, Pérou, République dominicaine, République tchèque et Sierra Leone.

Résumé de la discussion

Stratégies de collecte de fonds des candidates:
Comprendre les motivations des donateurs

En matière de collecte de fonds, la première étape consiste à comprendre pourquoi les gens décident de faire un don en faveur des campagnes. Kate Coyne-McCoy suggère qu’il existe différentes catégories de donateurs qui donnent pour différentes raisons, et que les candidates doivent adopter une stratégie pour démarcher ces groupes. Cette stratégie peut consister par exemple à démarcher d’abord ses amis et sa famille, et à ne démarcher les grandes entreprises que lorsqu’on a établi sa crédibilité, et à concevoir des messages ciblés pour chaque groupe:

“Les gens donnent en premier lieu parce que leur don leur bénéficie d’une manière ou d’une autre. Il existe quatre cercles de bénéfice. Le cercle personnel est le premier. Ceux qui appartiennent à ce cercle sont votre famille et vos amis, vos voisins proches, vos anciens camarades de classe… Le deuxième cercle de bénéfice est le cercle idéologique, c'est-à-dire les gens qui partagent vos valeurs ou vos positions envers une cause… Le troisième cercle est le cercle des personnes motivées par leur intérêt personnel. Ces personnes se fichent de vous comme de l’an quarante, mais ils n’aiment pas votre opposant… Le dernier cercle est le cercle du pouvoir. Ceux qui en font partie sont puissants et cherchent à protéger leur patrimoine, souvent leur patrimoine économique.” [Stratégies de collecte de fonds / Fundraising strategies]

Lissy Moskowitz va plus loin en suggérant que les femmes donnent pour des raisons différentes des hommes:

“les candidates doivent se concentrer sur la mobilisation des donatrices dans leur collecte de fonds, à cause des raisons qui sous-tendent les contributions des femmes, à savoir l’influence des élus, l’enthousiasme que leur inspire les candidats, les informations leur permettant de prendre des décisions éclairées, le fait d’être associées aux décisions sur l’utilisation des fonds et enfin l’interaction avec d’autres acteurs”[Collecte de fonds réalisée par des femmes auprès de femmes/Fundraising by women from women]
Utilisez les nouvelles technologies

Plusieurs participants ont conseillé aux candidates potentielles d’utiliser les nouvelles technologies comme Internet et Powerpoint:
Raymicha, du Pérou, témoigne: “faire campagne au moyen d’un bandeau sur Internet est certainement moins cher qu’une publicité à la télévision. De plus, il faudrait définir différents publics cible et créer des campagnes différentes.” (Financement des campagnes de femmes/Financing for women candidates/Financiamiento para candidatas)
Silvia Way partage ce point de vue: “Cette idée rationalise les dépenses et l’utilisation du temps. En outre, certaines entreprises utilisent déjà ces technologies...” (Participation des femmes aux administrations locales…/Women’s participation in local governments…/Participación de las mujeres en los gobiernos locales…)
Gloria Young encourage l’utilisation de diapositives et de graphiques dans la collecte de fonds, essentiellement pour faire des projections Powerpoint ou filmer en vidéo un témoignage montrant ce que la dirigeante a accompli, et définissant surtout ses objectifs si elle est élue (Créativité dans le financement des campagnes de femmes/Creative ways to finance campaigns for women/Formas creativas de financiamiento de campañas para mujeres)

Demandez de l’argent

Le plus difficile dans la collecte de fonds est que la société amène parfois les femmes à croire qu’il est trop effronté de demander ce qu’elles veulent. Kate Coyne-McCoy, de Emily’ List, cite l’anecdote suivante: une jeune fille est critiquée par sa mère parce qu’elle s’invite à dîner chez une amie. Cette anecdote démontre comment ce type de socialisation peut rendre les femmes mal à l’aise vis-à-vis de la collecte de fonds. Elle écrit:

“Je vais vous suggérer non seulement de vous inviter à dîner, mais aussi, une fois que vous êtes chez vos amis, de DEMANDER DE L’ARGENT! Ce n’est pas une chose naturelle, en particulier pour les femmes. Cela va à l’encontre de tout ce qui nous constitue. Nous savons très bien donner, mais nous ne savons pas demander. Si nous voulons changer le monde en occupant des positions élues, nous devons progresser… Au début, vous bafouillerez et vous passerez de mauvais moments, mais il faudra continuer. Demandez autant d’argent, autant de fois que possible. Tant que les femmes ne demanderont pas, elles ne pourront pas gagner. Et si elles ne gagnent pas, elles ne pourront pas changer le monde. Je suis d’avis que le monde a besoin de beaucoup de changements” [Stratégies de collecte de fonds/ Fundraising strategies]

Awa Fall Diop souligne les conséquences du manque d’assurance des femmes dans leurs campagnes:

“ Il est arrivé que des femmes aient été proposées comme candidates, elles ont refusé car, dans les processus de socialisation, il leur est enseigné qu'une femme ne doit pas diriger, parler en public, et autre. Tout comme, il arrive que des femmes remplissent le profil mais du fait de leur personnalité forte, les hommes les évincent, craignant qu'elles ne soient pas assez "correctes", c'est à dire maléables.” [Procédure de désignation des candidat(e)s et financement]

Francisca Alvarez Pretelt suggère que les femmes s’inspirent de leur propre créativité quand elles collectent des fonds pour leurs campagnes politiques:

“nous devons appliquer à nos campagnes politiques la créativité dont nous faisons preuve pour solliciter au maximum des ressources pour nos familles. …nous avons organisé des dîners avec des amis hommes et femmes auprès auxquels nous avons demandé une participation, nous avons organisé des tombolas…” [Collecte de fonds pour les campagnes politiques/Raising funds for political campaigns/Recaudar fondos para la campaña política]

Martha Barriga cite un exemple d’organisation qui oeuvre en faveur de la promotion des candidatures féminines:

“Equal Voice est une organisation à but non lucratif non partisane qui encourage l’élection de femmes aux fonctions publiques au niveau local, au niveau des états et au niveau fédéral… Le Canadian Women Voters Congress est une autre organisation non partisane qui s’emploie à promouvoir l’élection de femmes.”[L’expérience latino-américaine et canadienne/The Latin American and Canadian experience/La experiencia Latinoamericana y Canadiense]
Il est essentiel de choisir le bon moment

Plusieurs participants ont évoqué l’idée selon laquelle les campagnes d’appel de fonds fonctionnent mieux quand on les lance tôt, bien avant le début de la campagne électorale. Gitonga écrit:

“Mon expérience en tant que politicienne au Kenya m’a appris que pour qu’une stratégie de collecte de fonds réussisse, tout est question de TEMPS. Cela s’applique en particulier aux femmes des pays en développement… Fondamentalement, les femmes des pays en développement, en particulier d’Afrique, DOIVENT préparer le terrain très tôt. Cela nécessite de concevoir clairement le déroulement d’au moins un mandat électoral entier.” (La collecte de fonds assortie de délais/Time bound fundraising)

Nurgul Djanaeva écrit

“Je voudrais faire part de l’importance d’adopter une approche à long terme. Nous avons commencé à faire des appels de fonds pour les candidates bien avant les élections … Le processus a été, et reste difficile, mais nous espérons qu’à l’avenir, cela nous permettra non seulement de récolter des sommes importantes, mais aussi de créer un sentiment de loyauté des électeurs envers certaines candidates sur le long terme.”[Stratégies de collecte de fonds pour les candidates - Kirghizistan/Fundraising strategies for women candidates -Kyrgyzstan]
Gagner la confiance

Olfa Tantawi a évoqué les difficultés liées à la collecte de fonds en insistant sur le fait qu’il faut établir une relation de confiance avec les électeurs et au sein du parti. Elle fait observer que les femmes peuvent, dans certaines circonstances, être avantagées une fois qu’elles ont gagné la confiance des dirigeants de parti:

“Si une communauté a un parti pris défavorable envers les femmes, on peut y remédier d’une part en mettant en valeur la qualité de la formation d’une candidate, ses connaissances, son expérience,l’étendue de ses relations, sa bonne réputation… D’autre part, on peut tout simplement se préoccuper des intérêts des électeurs… Quand une femme gagne la confiance et l’estime des dirigeants et des collègues du parti, elle se trouve souvent en position de force par rapport aux candidats rivaux. Soudain, le fait qu’elle soit une femme tourne à son avantage, et se transforme en valeur ajoutée. Pour les dirigeants et ses collègues,cela revient à avoir deux candidats en un: un candidat digne de confiance qui présente tous les avantages d’un collègue masculin, tout en étant une femme.” [Une stratégie qui ne tient pas compte des sexes est peut-être la meilleure stratégie pour tous/A gender blind strategy is perhaps the best strategy for all]

Une autre participante met en garde contre le fait de reproduire la méthode politique d’échange de services utilisée par les hommes:

“Nous autres femmes ne pouvons continuer à reproduire les systèmes et les modèles que les hommes ont toujours utilisés pour demander des fonds pour leurs campagnes, notamment la manière dont ils se compromettent avec les représentants des secteurs influents pour “renvoyer l’ascenseur” une fois qu’ils ont gagné. ” [Utiliser des diapositives et des graphiques comme moyen de collecter des fonds/Using a visual aid as a form of fundraising/La proyección de inconografías –una forma de reca dar fondos]
Les Lois Relatives Au Financement des Campagnes qui Favorisent la Participation Politique des Femmes
Exonérations fiscales, financement public et mesures d’incitation:

Plusieurs participants ont évoqué les cadres législatifs relatifs au financement des partis dans leur région, notamment la nécessité d’accéder à la radiodiffusion publique, les exonérations fiscales pour les dépenses de campagne, les déductions fiscales pour les donateurs, le plafonnement des dépenses électorales et la répartition équitable du financement public, notamment le fait d’affecter des fonds à la formation des femmes.
Aleida Ferreyra mentionne la loi de 1990 pour la promotion de l’égalité sociale des femmes au Costa Rica, qui “demande à tous les partis politiques d’augmenter le nombre de candidates, de réserver des fonds à la formation des femmes et de promouvoir leur participation.”
Ferreyra évoque aussi la loi 60 du Code électoral du Panama qui “stipule que les partis consacrent au moins 25 pour cent des fonds publics au développement des capacités, dont au moins 10 pour cent doivent être destinés à des femmes.” Gloria Young ajoute qu’au Panama:

“…le financement indirect des campagnes électorales… inclue le droit d’utiliser dans des conditions d’égalité les médias publics administrés par le gouvernement pour diffuser des informations, ainsi que des “programmes d’opinion, des débats et tout événement politique public”. Il donne aussi droit à des exonérations fiscales pour l’importation d’un maximum de cinq véhicules et d’équipement radiophonique. Ce type de financement prévoit le droit à une ligne téléphonique gratuite pour les bureaux provinciaux, et une réduction de 50% sur l’électricité de tous les sièges de province. Les candidats peuvent aussi mener des activités de collecte de fonds sans avoir à payer les droits de timbre habituellement prélevés. Les biens importés pour des tombolas sont également exemptés de taxe à l’importation. D’autre part, les donateurs peuvent déduire annuellement jusqu’à 10 000 dollars des E.-U. de leur déclaration fiscale sur les dons qu’ils font aux partis politiques ou aux candidats pour des mandats électifs.” [Financement politique au Panama/Political financing in Panama/El financiamiento politico en Panamá]

Sonja Lokar signale que les groupes de pression féminins des Balkans ont obtenu l’instauration de quotas de genre, et fait observer qu’en continuant de financer ces mouvements de femmes, on pourrait remporter des succès semblables dans le domaine du financement politique:

“De fait, les partis ont des règles officielles et officieuses en matière de participation financière des candidats en lice pour les mandats électifs. Plus les mandats sont convoités, plus la somme que doit verser le candidat est importante. Les femmes, en particulier celles qui défendent les idées d’égalité des genres et de politique transformative ne disposent généralement pas de sommes aussi importantes… Je pense qu’une des solutions possibles à ce problème serait de procéder à une démocratisation juridiquement réglementée des partis parlementaires… Les dépenses effectuées dans le cadre des campagnes de parti devraient être rigoureusement limitées et réellement surveillées,et les violations sévèrement sanctionnées… Cela signifie qu’il nous faut une loi sur les partis politiques qui permettrait d’affecter une partie du budget du parti issu des fonds publics au fonctionnement efficace, démocratique et autonome des organisations féminines de parti, ainsi qu’à l’autonomisation politique et au renforcement des capacités des femmes membres de partis… Tous les candidats en lice pour les mandats électifs devraient bénéficier du même soutien financier de la part du parti. L’espace gratuit dans les médias publics devrait être réparti de manière équitable par la loi entre les candidats féminins et masculins de chaque parti.”[Expériences d’Europe centrale et d’Europe du Sud est/Experiences from Central and South Eastern Europe]

Delia Ferreira Rubio fait observer que les lois en matière de financement public peuvent avoir des incidences différentes en fonction du contexte social et politique. Elle met en garde contre l’utilisation de “recettes universelles”:

“Le même outil peut produire différents effets quand il est appliqué dans différents contextes. Par exemple, en France et en Nouvelle Calédonie, un système semblable de sanction des partis politiques qui ne respectaient pas la parité dans leur circonscription a été appliqué. Dans les deux cas, le système électoral est uninominal. Cependant, le type de partis politiques et leur force économique varie de manière importante. En France, où les partis politiques sont solides d’un point de vue économique, le système n’a pas permis d’atteindre les objectifs escomptés. En Nouvelle Calédonie, en revanche, le système s’est révélé efficace pour améliorer l’égalité entre hommes et femmes. Un des facteurs déterminants dans ce résultat a été que les partis politiques en Nouvelle Calédonie sont plus pauvres et par conséquent plus sensibles à divers types de mesures d’incitation économique …” [Il n’existe pas de recette universelle/There are no universal recipes/No hay recetas universals]
Diminuer les coûts de fonctionnement:

Plusieurs participants ont présenté des solutions pour diminuer le coût financier des candidatures politiques, notamment la diminution ou l’élimination des droits nécessaires pour se présenter aux élections, la rémunération des sièges et le plafonnement des dépenses de campagne.
Nurgul Asylbekova relève que le Kirghizistan a récemment éliminé les cautionnements obligatoires pour les candidats aux élections locales. De même, Eva Heizlarova se félicite du fait que la République tchèque n’impose pas de droits d’enregistrement. En revanche, Aminata Kasse, du Burkina Faso, fait observer que même lorsqu’il n’est pas officiellement obligatoire de verser de l’argent aux partis, dans certains cas ces derniers ont officieusement recours à cette pratique:

“même si cela n'est pas inscrit dans les statuts et procédures de désignation des candidats, les partis tiennent compte des capacités matérielles et financières des postulants. Pour certains partis (au Sénégal, au Burkina) chaque position sur la liste de candidature correspond à une somme d'argent qu'il faut verser au parti.”[Procédures de désignation des candidats]

Anita Vandenbeld préconise le plafonnement des dépenses de campagne pour réduire les coûts de fonctionnement, et nous informe de la manière dont les femmes parlementaires canadiennes ont fait pression pour que soit adoptée une législation sur le plafonnement des dépenses dans les campagnes de nomination des partis:

“Les campagnes de nomination, qui auparavant pouvaient atteindre des centaines de milliers de dollars pour des sièges «sûrs», sont à présent limitées entre 10 000 et 20 000 dollars des E.-U.. C’est là un très bon exemple des résultats que peuvent obtenir les femmes parlementaires sur la législation par leurs efforts concertés.” (L’interdiction des dons d’entreprises aide-t-il vraiment les candidates?/Does banning corporate donations really help women candidates?)
Le role des partis politiques :
Mesures d’incitation et stratégies pour les partis

Plusieurs contributions évoquent les mesures financières destinées à inciter les partis politiques à donner une plus grande place aux femmes sur leurs listes de candidatures. Mona Lena Krook écrit que le Gouvernement marocain s’est récemment engagé à financer le parti qui élira le plus de candidates aux prochaines élections locales.
Audrey McLaughlin fait état de fonds d’affectation créés par les partis pour prendre en charge les dépenses auxquelles les femmes doivent faire face, notamment les frais de garde d’enfant, les vêtements, etc… Elle indique que les contributions à ce fonds peuvent bénéficier d’un reçu fiscal pour don à une association caritative, qui permet d’obtenir une déduction d’impôt sur le revenu.

Eva Heizlarova évoque l’exemple d’un parti qui incite financièrement les organisations locales qui enregistrent la plus forte augmentation annuelle du nombre de femmes dans leurs rangs.

Awa Fall Diop le Lun signale au contraire l’absence de telles mesures dans son pays:

“Au Sénégal, le financement des partis n'est pas codifié par une loi et il n'y a pas de soutien de la part de l'Etat. Les fonds mobilisés par les partis sont gérés dans une opacité extraordinaire et la part des femmes y est virtuelle." [Procédure de désignation des candidat(e)s et financement]
Listes de candidatures des partis et financement politique

Plusieurs contributions à la discussion sur le financement des campagnes ont lié cette question à celle des quotas. Francisca Alvarez affirme qu’il faut examiner les lois relatives aux quotas avant d’étudier le financement des campagnes:

“Bien que le financement des campagnes constitue une stratégie importante, il est devenu indispensable d’établir des quotas pour que les partis présentent un nombre égal de femmes et d’hommes sur leurs listes, afin d’éviter que les femmes s’enlisent dans une routine dont il est impossible de sortir.”[L’égalité entre hommes et femmes dans la participation et la représentation/Gender equality in participation and representation/Participación y representación con equidad de género]

A l’inverse, Gloria Young fait observer qu’au Panama, l’existence de quotas a tenu les femmes à l’écart de l’appareil de campagne des partis, et que cela a compliqué la collecte de fonds:

“La loi sur les quotas est étroitement liée à la question du financement des campagnes, car elle ne fonctionne pas dans la pratique et les femmes sont toujours doublement pénalisées: cette loi ne contribue pas à les intégrer à l’appareil électoral des hommes, et elles n’ont pas accès au financement nécessaire pour faire campagne en ayant de vraies chances de gagner.”[Les règles du jeu ne sont pas claires pour nous… pour changer/The rules of the game are not clear for us … for a change/Las reglas del juego no son claras para nosotras…para variar]
Allocation des fonds au sein des partis

Plusieurs participants ont évoqué la nécessité de répartir les ressources internes de manière équitable entre hommes et femmes, en particulier en ce qui concerne l’accès aux programmes de formation. Cependant, la plupart des participants reconnaissent que la mise en œuvre de cette mesure dépend des partis eux-mêmes. M. en E. Reyes Tépach M. conclut qu’au Mexique:

“…Le système de quotas garantit qu’aux élections de 2009, au moins 40% des candidates seront financées sur les fonds publics… Cependant, c’est l’instance dirigeante du parti qui prendra les décisions sur la manière dont ces ressources seront assignées … (Le cas du Mexique/The case of Mexico/El caso mexicano)

S’agissant de la formation des femmes en tant que moyen de les aider à devenir autonomes et de les rendre plus compétitives dans les campagnes électorales, Gloria Young cite le cas du Parti panaméen au Panama:

“…d’après les statuts, 30% de l’ensemble des fonds destinés à la formation doivent bénéficier exclusivement aux femmes par l’intermédiaire du Secrétariat national des femmes, qui dispose d’une structure puissante au sein du parti. La formation devient le fer de lance des femmes en temps de campagne électorale, car elle leur permet d’acquérir des outils qui les avantagent pendant les campagnes… Le problème est que les partis n’encouragent pas la formation, ou qu’ils prennent des initiatives personnelles pour permettre à tous les membres d’en bénéficier, bien qu’ils envoient séparément à la Cour électorale une liste des hommes et des femmes qui en ont bénéficié…” (Les partis politiques du Panama et les femmes/Panamanian political parties and women/Los partidos políticos panameños y las mujeres)

Pour Carlos Alberto Baena, il est indispensable de “diversifier les sources légales de financement, la nature pluridimensionnelle de la politique étant largement reconnue. A mesure que la société percevra la politique comme étant plus qu’une simple activité électorale, on assistera à une adhésion de plus en plus forte au financement continu des activités politiques …” (Financement politique: l’expérience de la Colombie/Political financing: Colombia’s experience/Una experiencia en Colombia)

Conséquences imprévues

Mona Lena Krook relève deux cas – celui de la France et celui du Nigeria – pour mettre en garde contre les conséquences imprévues des réformes du financement des campagnes, en préconisant de concevoir les réformes de manière à ce qu’elles ne comportent pas de 'clauses de sauvegarde' et qu’elles n’aient pas de conséquences négatives. Elle indique qu’au Nigeria, l’élimination des droits d’enregistrement pour les femmes a en fait donné aux partis une excuse pour ne pas nommer de femmes, car elle a montré que les femmes étaient “moins engagées”. Mona Lena Crooks évoque aussi l’utilisation de sanctions financières en France, lesquelles sont largement négligées par les grands partis qui connaissent une plus grande sécurité financière:

“Les pertes financières enregistrées par les deux grands partis n’ont pas été négligeables, elles se sont élevées à des millions d’euros chaque année, mais manifestement, les deux partis ont eu le sentiment qu’ils remporteraient davantage de sièges en nommant des hommes (sentiment qui a été réfuté par les données disponibles issues des recherches sur ce sujet). En conséquence, la proportion de femmes élues en 2002 n’a augmenté que d’un point, passant de 11% à 12%.” (Expériences du financement des partis/Experiments with party financing)
Indépendance financiere et acces des femmes aux postes officiels
Rémunération des postes officiels

Eva M. Hejzlarova indique qu’en République tchèque, il y a un lien entre la rémunération d’un poste politique et le nombre de femmes élues à ce poste:

“la décision concernant la rémunération ou la non rémunération des postes politiques revient au conseil de représentants local ou régional, mais comme le salaire des politiciens provient du budget de la ville ou de la région, le nombre de positions rémunérées est limité. C’est, à mon avis, une des raisons pour lesquelles le pourcentage de femmes est bien plus élevé dans la politique locale (en particulier dans les petits villages et les petites villes) qu’au parlement.”(L’expérience tchèque/Czech experience)
Relations avec les membres des circonscriptions

Priya Chattier souligne que les candidates doivent nouer des liens forts avec les membres de leurs circonscriptions pour être en mesure de collecter des fonds:

“La grande majorité des candidates ne vivent pas dans leurs circonscriptions et ne parviennent pas à y établir une base de soutien… malgré le manque de moyens, les femmes utilisent un certain nombre de stratégies de campagne pour aller au devant des membres de leurs circonscriptions. Des rassemblements, des visites dans les villages et des réunions publiques sont organisés, ainsi que des ateliers de sensibilisation pour les équipes de campagne. Les médias sont une stratégie importante que les candidates doivent utiliser de manière effective et anticipative.”(Femmes du Pacifique/Women in the Pacific)
Sphère privée/sphère publique

Plusieurs participants ont abordé la dichotomie entre la sphère privée et la sphère publique, et le monopole des hommes sur la sphère publique, qui constitue un défi unique pour les femmes. Marcela Macias évoque la dualité entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle, en déclarant que “tout en étant représentante politique, je continue à m’occuper de ma famille et je n’abandonne pas mes tâches “domestiques”, ni les activités liées à mon entreprise…” (Le cas de l’Equateur/From Ecuador/Desde Ecuador)
Domy Conde souligne la manière dont la domination masculine de la culture se répercute sur les femmes:

“Dans le cas de la Bolivie… la participation des femmes à la politique reste un club fermé, qui n’est accessible qu’aux groupes d’influence, aux clans familiaux et aux partis autoritaires. Dans le dernier cas, la philosophie est la suivante: soumettez-vous au commandement vertical du dirigeant, qui est généralement un homme. Si l’on souhaite garder son indépendance, on s’isole et on garde sa dignité. C’est pour cette raison que nombre de femmes qui travaillent volontairement le font dans le cadre de la «vision communautaire». (Le cas de la Bolivie/The case of Bolivia/El caso boliviano)
La participation des femmes aux administrations locales et aux élections locales:
Changer les attitudes et créer des communautés

Piper Stege Nelson fait observer que dans nombre de communautés, la culture politique ne se prête pas à la collecte de fonds, mais que l’on peut surmonter ce problème en créant des communautés et en collaborant avec d’autres femmes:

“…dansles élections locales en Sierra Leone, et dans bien d’autres pays,les membres des circonscriptions s’attendent non pas à devoir financer la campagne d’un(e) candidat(e), mais (dans le cas des chefs, des entreprises locales et des clubs) à RECEVOIR de l’argent du candidat. En Sierra Leone, cette pratique désignée sous le nom de “poignée de mains” est particulièrement contraignante pour les candidates, qui ont généralement encore moins de fonds à dépenser que leurs homologues masculins.” Toutefois, on peut remédier à ce problème en donnant les moyens à ces “femmes d’éduquer les membres de leur circonscription et de collecter des fonds en créant des réseaux de partisans… quand toutes ces femmes se rassemblent, elles forment un groupe de 100 femmes prêtes à consacrer leur temps à la campagne et à la soutenir, notamment financièrement”. (Créer des réseaux financiers pour la collecte de fonds au niveau local/Forming financial networks for fundraising at the local level)

De même, Silvia Way fait part de l’expérience de sa communauté, en indiquant qu’à “… San Juan de Lurigancho, Lima, Pérou, administration locale, il n’existe pas de loi sur le financement des campagnes, car cela n’arrange pas les autorités, ou qu’elles ne pensent pas que ce soit important, car elles veulent rester au pouvoir… Le plus souvent, les candidats financent leurs campagnes par le biais d’activités communautaires, de dons d’entreprises, etc.” (La participation des femmes aux élections locales/Women's participation in local elections/La participación de la mujer en las elecciones locales).

Conclusion

Au cours de la discussion en ligne, les participants ont réfléchi à diverses stratégies pour tenter d’éliminer les obstacles financiers qui se posent aux candidates. Ces obstacles sont notamment les suivants: l’hermétisme des cultures politiques, la socialisation des femmes qui fait qu’elles n’osent pas demander ce qu’elles veulent, et l’hypothèse, dans certaines régions du monde, selon laquelle ce sont les politiciens qui doivent rendre service aux membres de leurs circonscriptions, et non pas le contraire. Une des participantes a même fait observer que les quotas peuvent constituer un obstacle aux femmes dans la collecte de fonds, car ils les tiennent à l’écart de l’appareil politique. Certaines solutions ont été proposées, comme le financement public des formations destinées aux femmes, les fonds d’affectation pour les candidates, et les modifications à la loi électorale. Il existe des exemples de cadres législatifs, notamment des exonérations d’impôt pour les dépenses engagées dans les campagnes; des déductions fiscales pour les contributions aux campagnes; le plafonnement des dépenses de campagne; l’égalité d’accès aux organismes publics de radiodiffusion; la répartition équitable du financement public au sein des partis politiques; l’élimination des droits d’enregistrement pour les candidats; des mesures incitant les partis politiques à nommer davantage de femmes et des sanctions en cas de non respect de la parité dans les nominations. Toutefois, les participants ont averti qu’il n’existe pas de cadre législatif universel fonctionnant dans tous les cas, et que certaines réformes peuvent en fait avoir des conséquences inattendues. Par exemple, les sanctions financières imposées aux partis politiques ne fonctionnent pas aussi bien dans le cas des partis bien financés. D’autres participants ont donné des conseils aux femmes pour réussir leurs campagnes de collecte de fonds. Ces conseils sont les suivants: lancer sa campagne de collecte de fonds bien avant les élections; comprendre les différents types de bailleurs de fonds et leurs motivations; cibler les donatrices; utiliser les nouvelles technologies comme Internet, et tout simplement avoir suffisamment confiance en soi pour demander de l’argent. Pour lire le compte-rendu in extenso de la discussion, veuillez cliquer ici.

Participants:

Nous tenons à remercier les personnes suivantes qui ont contribué à la discussion:

Francisca Alvarez Pretelt, Présidente de l’Union des citoyennes de Colombie, section de Rionegro
Carlos Alberto Baena López, Président du mouvement politique MIRA, Colombie
Martha Barriga, Institut international de recherche et de formation des Nations Unies pour la promotion de la femme (UN-INSTRAW)
Susana Campari,Buenos Aires, Argentine
Mme Domy Conde Guarachi, Bolivie
Delia Ferreira Rubio, Présidente du Conseil d’administration du pouvoir des citoyens, Argentine
Marcela Macias, Equateur
M.en E. Reyes Tépach M., chercheur au Congrès, Mexique
Raymicha, Pérou
Silvia Way, Pérou
Gloria Young, Présidente de l’Association du Panama pour les femmes du Congrès (APARLEXPA)
Piper Stege Nelson, National Democratic Institute for International Affairs
Eva M. Hejzlarova,Forum 50 %, République tchèque
Priya Chattier, UNIFEM Pacifique
Mona Lena Krook, Washington University in St. Louis
Nurgul Djanaeva, Forum des ONG de femmes du Kirghizistan
Audrey McLaughlin, Canada
Anita Vandenbeld,Administratrice de projets, iKNOW Politics
Sonja Lokar, Slovénie
Aleida Ferreyra, PNUD
Lissy Moskowitz, Women's Campaign Forum / Foundation
Olfa Tantawi, Université américaine du Caire
Kate Coyne-McCoy, Emily’s List


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